Retraité, ancien artisan dans le domaine de la publicité adhésive, il a longtemps été cycliste. « Compétiteur dans l’âme », il s’était préparé pour des épreuves qui n’ont finalement « jamais eu lieu » à cause de la Covid.
L’hiver, il soulevait déjà de la « fonte ». Alors, presque par curiosité, il s’est dit : « tiens, pourquoi pas faire un peu de muscu ? » Parallèlement à cela, il se met à « regarder un petit peu ce que faisaient les autres » dans sa catégorie d'âge et de poids pour voir si éventuellement il pouvait « être performant ». Et « très, très rapidement, je suis arrivé à atteindre des barres qui me donnaient un bon niveau régional, voire national. » confie-t-il avec un brin de fierté.
Fort de ce constat, il se tourne naturellement vers la FSGT*. Son univers de toujours, celui « du sport populaire » où l’on privilégie la convivialité. Malheureusement, les compétitions organisées par cette fédération sont loin ! En région parisienne, dans le sud‑ouest, en Alsace… une d’autant plus contraignante, car pour se qualifier au Championnat de France FSGT il fallait valider sa participation à deux compétitions. Ne renonçant pas pour autant, notre néo-pratiquant arrive à obtenir une dérogation lui permettant de « faire qu’un seul déplacement ».
Et c’est ainsi que sa deuxième compétition sera le championnat de France FSGT. Un rendez-vous durant lequel, il remporte le titre au développé couché, celui de la force athlétique, et bat même quatre records de France sur les cinq possibles. Rien que ça ! Et c’était il y a deux ans, il faut le souligner.
Pour éviter les longs trajets, il demande à la fédération s’il est possible d’organiser des compétitions dans son département. Ce qui est accepté à condition qu’il devienne arbitre. Il valide ainsi sa formation lors d’une compétition organisée au Stade Laurentin Musculation, où il vient tout juste de s’inscrire.

C’est à ce moment-là que le coach, Luc, lui glisse : « Pourquoi tu ne le fais pas en Fédération Française ? » Dominique n’y croit pas. « Pour moi, c’était inatteignable ! » Mais Luc insiste : « Dans trois semaines, il y a le championnat régional… On a le temps de te prendre la licence. »
Il sort d’une blessure, n’est « pas très chaud ».... mais il y va. Et il fait bien ! Car, il y décroche la 1ere place. Suite à cela, il se qualifie pour les championnats de France 2025 à Cambrai, où il termine vice‑champion « à seulement 2,5 kg du premier ».
Ce résultat lui ouvre les portes des championnats du Monde à Drammen en Norvège du 17 au 25 Mai 2025. La sélection n’est pas automatique pour un vice‑champion, mais grâce à l’indice inter‑catégories et à un désistement, il apprend « dans les derniers moments » qu’il est retenu. « Une belle satisfaction. » sourit-il.
Et il s'en souvient de ces Mondiaux ! Car malgré deux côtes fracturées, il refuse d'abonner quand beaucoup lui disent que ce n’est pas la peine. Rétorquant que « même si je dois soulever une barre de 40 kilos… le fait de représenter mon pays… je ferai tout pour y arriver. » Bilan : il termine vice‑champion du Monde 2025.
Au club, il a trouvé un environnement qui lui correspond. « Avec Luc, j’ai vraiment trouvé mon alter ego. » Il apprécie l’esprit convivial, loin des salles commerciales. Luc est souvent impressionné par ses capacités : « Je suis assez fort, et très, très résistant à l’effort. »

À son âge, la récupération est souvent un frein, mais lui surprend encore. Le Développé Couché, effort court et exigeant, lui convient. « C’est un mouvement qui paraît simple, mais il y a beaucoup de technique. » souligne-t-il. Et c'est dans ce domaine qu’il voit encore une marge de progression.
Après sa qualification pour en Force Athlétique obtenue fin janvier focus sur le Développé Couché. Dès lors, cette discipline est devenue la seule préoccupation de notre laurentin. Nous sommes à un peu plus d'un mois avant les championnats de France 2026. Une compétition programmée le 01 mars au Crès, où il concourait une nouvelle fois en M3, la catégorie des 60 à 70 ans.
L'objectif de ces « France » était clair : le titre. Sa motivation : détrôner le champion sortant - la référence à battre - invaincu depuis sept ans en M3. Malheureusement, il ne viendra pas. « J’aurais aimé qu’il soit présent, cela aurait été la cerise sur le McDo. » s'amuse-t-il.
Sans ce rival, Dominique s’impose. Et ceci assez facilement. Connaissant ses adversaires, il sait qu’ils ne pourront pas aller le chercher. Il ouvre à 100 kg, puis 105. Pour le troisième essai, il hésite entre 107,5 et 110, son objectif personnel. Mais il n'aura pas le temps de faire son choix car Il dépasse le temps limite. Et le règlement impose automatiquement « 2,5 kg en plus ». La barre est donc fixée à 107,5. Il valide ses trois essais. Le titre est assuré.
Toutefois, notre champion avoue avoir quelques faiblesses. Et notamment en ce qui concerne son poids. L’an dernier, il n’avait pas besoin de le surveiller avouant même se goinfrer parfois. Mais cette année, il a gagné en muscle ! La vigilance est donc devenue de rigueur. Pour répondre à cette contrainte, il réalise un watercut. « En quatre jours, j’ai bu 27 litres d’eau. » nous confie-t-il. Ce procédé lui permet en une semaine de passer de 66,5 kg à 64,5 kg le jour de la pesée.
La préparation mentale reste également délicate. « Si je ne m’entraîne pas, j’ai l’impression que je vais perdre. » avoue-t-il. Luc lui demande pourtant de ne faire qu’un seul entraînement lors des deux dernières semaines. Cela le stresse, mais il reconnaît que c’est bénéfique. Le jour J, il préfère assurer plutôt que suivre la barre proposée par son coach. « En fin de compte, ça s’est très bien passé. »
Ce titre lui apporte une satisfaction personnelle. « On soigne son ego. » Il sait que les performances des plus jeunes seront toujours plus regardées. Mais pour lui l’essentiel se trouve ailleurs : « là, vraiment, on se fait plaisir. »

Au club, la fierté est partagée. « On est très fiers d’avoir déjà plusieurs champions dans la salle et Dominique avec ses médailles en fait partie » résume le président Gilles Giacobi.
En tant que champion de France, il est automatiquement sélectionné pour les Mondiaux. Il compte y aller, même si cela représente un budget conséquent. « C’est un commerce ! » dénonce-t-il. Avec des engagements à 200 €, des hôtels - imposés - luxueux et couteux, l'avion, la voiture, l'intendance... « On arrive vite aux environs de 1 500 euros. » soupire-t-il.
Un challenge qu’il aura plaisir à relever fin mai en Pologne. Néanmoins, ce qui le motive désormais : c’est de « battre le record de France sur le Développé Couché » aux trois mouvements. Un objectif qu’il tentera de remplir fin juin, à Caen.
Dans cette aventure, Dominique n’avance jamais seul. « J’ai un fan club attitré. » annonce-t-il avec une certaine émotion. Son oncle de 88 ans, sa tante de 82 ans et son épouse le suivent partout d'Oslo à Malte en passant par les championnats de France. Et c'est sans compter sur le soutien de ses petits-enfants. À chaque compétition, il garde dans son sac un dessin de son petit-fils, qu’il montre à la caméra. « C’est une grosse satisfaction. »
Une belle aventure humaine et sportive ! Souhaitons que cette trajectoire hors norme d'un champion hors du commun ne s'arrête pas en si bon chemin...
*Fédération Sportive et Gymnique du Travail